jeudi 12 février 2009

Chi Phat - 1er fév au 8 fév

Depuis le début de notre voyage, nous nous efforçons de garder les messages sur notre blog relativement courts dans un premier temps parce que nous tentons de minimiser le temps passé dans les cafés internet pour maximiser celui à vivre les aventures et dans un second temps pour vous éviter d'avoir à passer de longues soirées à nous lire. Par contre, pour Chi Phat, nous ferons une exception puisque ce que nous avons vécu au cours des 8 jours passés dans le petit village ne peut être redigé en quelques mots.


Si vous cherchez Chi Phat sur une carte du Cambodge, il y a de fortes chances que ce soit en vain. Chi Phat est une communauté de 500 familles réparties dans 4 petits (très petits) villages. C'est un court paragraphe dans notre Lonely Planet qui a piqué notre curiosité. On y parlait d'un village retiré où un projet d'écotourisme était en développement. Écotourisme et aventure... voilà quelque chose qui nous ressemblait vraiment et après un peu plus de recherche, nous nous sommes décidés à tenter notre chance.

Le commencement

Ainsi, cette grande aventure a débuté officiellement lorsque l'autobus que nous avions pris depuis Sihanoukville s'est arrêté sur un pont au milieu de nul part et que le chauffeur nous a fait signe qu'il s'agissait de notre arrêt. On rêvait d'un moment comme celui-là depuis le début de notre aventure, mais lorsque l'autobus a poursuivi son chemin et que nous sommes restés derrière, nous avons tout de même ressenti un peu de stress. Quelques minutes plus tard par contre, nous avions déjà réussit à identifier le bateau qui faisait quotidiennement l'aller-retour vers les villages en amont et nous sirotions une bière tablette (température ambiante au Cambodge environ 35 Celcius) assis dans un petit café/dépanneur sous le pont pendant que le bateau chargeait les marchandises à livrer.
Pommes, laitues, glace et matériaux de construction... Lorsque finalement tout fut à bord du petit cargo, nous avons pu prendre place avec les quelques autres passagers sur une vieille glacière entre 2 piles de bardeaux de toiture. La route a pris un peu plus de 2 heures et lorsque le bateau a accosté à un petit quai de bois chambranlant, nous n'avons pas bougé de notre siège pensant que ce ne pouvait être notre arrêt... ce l'était.

Nous avons emprunté l'unique route de terre au centre du village en ayant aucune idée où nous nous dirigions. Heureusement, après un peu moins de 300 m, nous avons aperçu l'affiche du CBET, l'organisation chapeautant le projet d'écotourisme, où nous avons pu obtenir un peu plus d'information sur le projet et organiser notre séjour (prévu initialement pour 3 jours).

Le projet

La communauté de Chi Phat a longtemps vécu de la foresterie. Or, après que des entreprises étrangères aient rasé la forêt environnante, la population subsistait principalement du braconnage et de la coupe de bois illégale, le tout vendu aux pays voisins. C'est à ce moment que Wildlife Alliance est intervenue avec un mandat de protection de l'écosystème par un projet d'écotourisme permettant de tirer des revenus des ressources de la région sans les mettre en péril. Depuis près de 2 ans, la petite communauté se prépare à recevoir des visiteurs. Et dès que nous avons pu en apprendre un peu plus sur les différents aspects du projet et sur la détermination de cette petite communauté à s'ouvrir au tourisme (avec tous les désavantages que ça peut aussi apporter) nous sommes tombés en amour avec l'endroit.



Depuis la venue de l'ONG, la communauté a été impliquée dans l'identification des services requis et la mise en place de ceux-ci. Maintenant, les 4 petits villages comptent 6 guesthouses, 16 guides et 16 cuisiniers, sans oublier les quelques motos-taxis et le staff responsable de l'administration quotidienne du bureau de projet. Tous les services sont offerts par rotation et chaque nouveau touriste est assigné à son cook, son guesthouse, etc. Ainsi, les revenus sont distribués équitablement entre chaque famille membre du projet. De plus, pour chaque dollar dépensé par un touriste, une portion est placée dans un fond permettant de développer des projets parallèles tel que la collecte de déchets, la construction d'un nouveau quai et un important projet de reforestation (2 millions d'arbres seront cultivés et replantés).

Le séjour

Nous nous sommes donc installés dans le petit guesthouse qui nous avait été attitré. Comme tous ceux de la communauté, celui-ci consistait en une maison sur pilotis sans électricité et sans eau courante. Ainsi, le néon de la chambre était alimenté par une batterie automobile rechargée pendant la journée sur un moteur au centre du village et la douche se prenait dans une petite pièce à l'arrière de la maison en puisant l'eau de pluie récupérée dans une grande jarre. Un mode de vie bien loin de celui que nous connaissons au Canada, mais qui nous permettait de connaître le vrai Cambodge.

Pendant notre séjour nous ne pouvions faire autrement qu'adopter un rythme de vie relaxe, marchant tranquillement entre le guesthouse et le bureau du CBET. Nous en avons profité pour approfondir nos notions de Khmer et pour discuter longuement avec les gens travaillant sur le projet. Ceci nous a permis d'en connaître un peu plus sur les croyances et les habitudes de vie des cambodgiens, mais aussi de nous faire de bons amis avec qui nous partagerons plusieurs superbes moments au cours de la semaine.

Nous ferons entre autre une baignade dans la rivière avec quelques enfants et un pique-nique de crabes au coucher du soleil avec nos nouveaux amis. Or, n'allez pas croire que notre semaine à Chi Phat n'a été que du repos. Dans un premier temps, sans éléctricité ou eau courante, la corvée de lavage prend à elle seule quelques heures. Heureusement, lorsqu'elle peut être completée sur le bord de la rivière à l'ombre d'une chute, le tout semble beaucoup moins pénible. De plus, Mathieu dû faire un peu de suppléance et a donné deux classes d'anglais pendant lesquelles il s'est même permis d'enseigner quelques notions de français. Finalement, nous avons accompagné les travailleurs de la plantation sur la plateforme (une grande remorque de métal tirée par un tracteur de ferme) effectuant la navette quotidienne entre le village et la plantation...

Le trekking

Parmi les activités offertes aux touristes par la communauté, on retrouve quelques options de trekking. Or, on ne pouvait visiter les Cardamones sans en profiter pour garder la forme et aller faire un hiking dans la jungle. C'est donc accompagnés d'un guide et d'un cuisinier que nous avons quitté Chi Phat pour une randonnée de deux jours.

La première avant-midi fut plutôt torride, à marcher à travers les champs exposés au soleil. Ainsi, l'arrêt sur le bord d'un petit cours d'eau pratiquement asséché pour notre premier repas était bien méritée. Après quelques heures additionnelles de marche sous le couvert des arbres et une facile ascension, nous sommes arrivés à notre site de campement en milieu d'après-midi. Nos accompagnateurs ont installé nos hammacs et nous avons fait une petite sièste avant le repas du soir. Math semblait avoir un plaisir fou à se promener avec la machette du guide ayant comme excuse que la structure pour les hamacs nécessitait du renforcement. À la brunante, nous sommes allés observer la vie animale des environs où nous avons pu apercevoir de nombreux oiseaux exotiques et entendu (mais malheureusement pas vu) une "horde" de cochons sauvages!

Dans le confort de nos hammacs, nous nous sommes endormis puis reveillés aux multiples sons de la jungle avant de faire le chemin inverse pour retourner au village.

Les fiancailles

Parmi les gens avec qui nous nous sommes liés d'amitié au cours de notre séjour, il y a Chiva et Veasna. Chiva est originaire de Chi Phat et elle travaille présentement à titre de secrétaire pour le CBET. Veasna, quant à lui, est originaire d'une province voisine et il a travaillé comme guide pendant plusieurs années avant d'être embauché par la Wildlife Alliance pour enseigner l'anglais et accueuillir les touristes jusqu'à ce que ses élèves maîtrisent suffisamment l'anglais pour prendre la relève. Veasna est arrivé à Chi Phat il y a un peu plus de 5 mois, ce qui fut amplement de temps pour qu'il succombe au charme de Chiva et décide d'officialiser leur relation. La cérémonie des fiançailles était prévue pour le samedi suivant notre arrivée et, ayant été chaleureusement invités, nous avons décidé de ne pas quitter le village sans y avoir assiter.

En fin de journée le samedi tant attendu, la famille de Veasna est arrivée par le même bateau que nous avions emprunté près d'une semaine plus tôt. La famille de Chiva avait passé la journée à préparer le terrain et cuisiner divers plats. Lorsque nous sommes arrivés, on nous a demandé de monter à la salle commune où nous avons rejoint les deux familles assises par terre sur les tapis de bambou. Les deux seules personnes manquantes dans la pièce étaient Chiva et Veasna (heureusement le frère de Veasna, Pathra, nous servirait de traducteur). Selon la tradition Khmère, ce sont les familles qui déterminent si oui ou non il peut y avoir mariage, mais également quel prix le futur marié devra débourser pour obtenir la main de sa douce. Ainsi, pendant plus de 45 minutes, les deux parties ont discuté du prix du poulet, des frais de transport et des problèmes causés par la saison des pluies pour finalement s'entendre sur le montant de la dote et sur la date pour le mariage. Les festivités pouvaient donc avoir lieu et nous avons rejoint les futurs mariés pour un succulents repas et plusieurs "toasts" de Angkor Beer...

Si tout se déroule comme prévu, nous devrions être de retour le 20 mars pour le mariage !

L'imploration des esprits

Dans les zones retirées du Cambodge survivent des traditions dignent des reportages de National Geographic. Ici, à Chi Phat, c'est tous les deux ans qu'on invite les esprits... Et par chance nous étions présents pour assister à cet événement. Un groupe du village se retrouve en début de soirée sur un site déterminé et protégé par le sorcier. Pendant toute la nuit, le groupe en question chante et danse aux sons des tam-tams en demandant aux bons esprits de venir les visiter. De fréquentes doses d'alcool de riz (entre 40 et 80 % d'alcool) permettent de préparer leur corps à être possédé... Si le rythme est bon, plus la soirée avance plus les esprits viennent occuper le corps des danseurs et des chanteurs. Nous avons passé plusieurs heures à regarder le déroulement de la soirée et, question d'être solidaire à la cause, à boire nous aussi l'alcool de riz. Lorsque nous sommes retournés sur le site vers 6h30 le matin suivant, nous avons même eu la chance de voir l'esprit du Singe qui occupait le corps d'un homme dansant... au sommet d'un arbre.

La fin

C'est le coeur gros, 8 jours après notre arrivée, que nous avons quitté le petit village et les amis que nous nous y sommes fait. Les motos-taxi étaient à l'heure... Chacun derrière notre chauffeur qui tenait entre ses jambes notre gros sac à dos, nous avons fait notre plus long trajet jusqu'à présent sur une route parfois boueuse (Math a dû traverser un petit bout à pieds pour éviter que la moto s'enlise), parfois sablonneuse (les conducteurs devaient mettre les pieds par terre pour éviter de perdre contrôle de leur engin), mais toujours très cahoteuse.

Ainsi, après une heure de transport éreintante, nous nous trouvions sur le même pont où cette belle aventure avait débutée 8 jours plus tôt, à attendre qu'un autobus nous prenne, au milieu de nul part...

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